Paroles de Lauréats : Robin Rivaton
18 / 15.05.2020

Paroles de Lauréats : Robin Rivaton

Face à la crise, chaque jour, les lauréats et alumni Choiseul, mais aussi plusieurs de nos amis et partenaires, réagissent. Une série d’échanges avec plusieurs d’entre eux qui nous font part de leur vécu, nous exposent leurs stratégies de rebond mais aussi nous livrent leur vision du « jour d’après ».

Aujourd’hui avec Robin Rivaton, essayiste, directeur d’investissement chez Idinvest et à la tête de Real Estech, communauté d’entrepreneurs de l’immobilier. Robin Rivaton est lauréat Choiseul 100 et conseiller spécial du Choiseul Ville de demain.

La clé du rebond c’est l’innovation et la construction

Vous êtes directeur d’investissement chez Idinvest et à la tête de Real Estech, communauté d’entrepreneurs de l’immobilier. À ce jour, quel serait le premier enseignement de cette crise sans précédent dans votre activité ?

La crise sanitaire et le confinement ont eu un impact sur l’activité des start-up dans lesquelles nous avons investi. Mais c’est un écosystème résilient : les startup peuvent facilement réduire leurs dépenses en limitant leur croissance, l’Etat par Cédric O a mis en place un plan de soutien très important, les investisseurs en capital sont des investisseurs de long-terme, en moyenne 6-7 ans, qui vont soutenir leurs participations. Nous avons d’abord travaillé à accompagner nos sociétés en portefeuille. Il y a des entreprises qui n’ont pas réalisé le moindre euro de chiffre d’affaires, d’autres qui ont réussi à réorienter leur offre. Le modèle SaaS permet à de nombreuses sociétés d’être plus résistantes à la crise que par le passé. Le contrôle de la trésorerie et une trajectoire claire vers la rentabilité qui étaient devenus importants dès l’automne 2019 après l’échec de l’introduction en bourse de WeWork sont désormais tout en haut des critères d’investissement.


Le secteur immobilier devrait accélérer sa digitalisation. Comment cette tendance va-t-elle se traduire concrètement ?

Les Proptech ont un rôle essentiel pour permettre la reprise de l’activité notamment sur la digitalisation de processus physiques qui avaient du mal à évoluer. La crise aura permis de faire évoluer massivement les comportements du point de vue du client et des entreprises. C’est un effet cliquet, on ne reviendra pas en arrière. Le gouvernement a ainsi permis aux officiers publics d’établir des actes notariés, avec une signature recueillie à distance. La digitalisation n’est pas qu’une réponse en temps de crise, elle doit devenir la règle en temps normal car elle générera de précieux gains de productivité au bénéfice des clients.


Vous avez consacré plusieurs ouvrages à la métropolisation. 17% des Parisiens ont quitté la capitale pendant le confinement. Avec la montée en puissance du télétravail, cette crise annonce-t-elle la revitalisation de zones moins peuplées (mais qui bénéficient d’une meilleure qualité de vie) et mettre un frein à la métropolisation ?

Je vais m’inscrire en faux avec de nombreux prophètes qui ont annoncé la fin des villes ces deux derniers mois. La métropolisation, définie comme la concentration croissante des activités, des opportunités éducatives, d’un certain nombre de services et de loisirs qui fonctionnent avec un niveau minimal de densité, est de mon point de vue la principale transformation des vingt dernières années. Pour illustrer cela, en 1998 15% des créations d’emplois étaient réalisées en Île-de-France, ce chiffre était de 45% en 2018. Est-ce que la crise sanitaire du coronavirus va remettre en question les choix de localisation des ménages ? Evidemment l’attrait de la campagne est fort dans une telle période mais de telles décisions de localisation impliquent de considérer la qualité des établissements scolaires ou l’accès aux établissements de soin. Or ces services se sont fortement concentrés dans les espaces urbains les plus denses. Si le télétravail est un mode d’organisation du travail qui se sera beaucoup démocratisé, il intervient plus en complément qu’en remplacement. Les échanges électroniques ne peuvent pas contenir autant d’informations qu’une collaboration face à face. Il faut en permanence préciser, nuancer, ajouter des smileys. On n’innove pas derrière une caméra aussi sophistiquée soit-elle mais autour de la machine à café. Et plus le numérique sera falsifiable, comme il le devient avec les algorithmes capables de modifier les voix ou les vidéos, plus on préférera voir ses interlocuteurs en chair et en os.


Quittons maintenant le secteur du Real Estate. Dans l’une de vos dernières tribunes dans l’Express vous évoquez la suprématie du dollar. Quelles sont les principales conséquences économiques de cette crise mondiale ? Quelles seraient selon vous les quelques pistes qui permettraient de relancer l’activité ?

La première leçon c’est que les pays ne sont pas égaux face à cette crise. Evidemment tout le monde se concentre sur la réponse sanitaire avec cette comparaison un peu macabre et faussée car les outils statistiques ne sont pas harmonisés mais c’est la réponse économique qui illustrera le plus les divergences entre les pays. Ce qui est inquiétant c’est que certaines de ces divergences se situent à l’intérieur de zones économiques intégrées comme l’Union européenne. Dans un second temps, je pense que l’économie américaine va également montrer sa force. Le Fed Broad Trade Weighted Dollar Index exprime la force du billet vert contre les autres devises. Il n’a jamais été aussi haut. La force du dollar a permis d’annoncer le second plus grand plan de soutien économique en proportion du PIB des pays développés arrosant ménages et entreprises pour une reprise en forme de feu d’artifice. Le déficit américain va atteindre 3800 milliards de dollars en 2020 soit 19% du PIB. Le dernier enseignement c’est que nous sommes définitivement entrés dans une ère de taux bas. Ceci est le reflet de sociétés naturellement déflationnistes, avec des populations vieillissantes et équipées.


D’un point de vue plus global, vous sentez-vous optimiste pour l’après Covid-19 ? Nos économies ont-elles une capacité de rebond ?

La clé du rebond c’est l’innovation et la construction. Marc Andreessen, le célèbre investisseur, a repris la plume pour signer un édito très partagé intitulé « It’s time to build ». J’y souscris pleinement. Nous avons mangé les fruits les plus faciles à attraper. La croissance de demain ne viendra pas de plus de population, de plus de ressources fossiles, de plus de rotation d’équipements mais d’innovation pour loger, soigner, former mieux. 


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