Paroles de Lauréats : Emmanuel Cazier
19 / 18.05.2020

Paroles de Lauréats : Emmanuel Cazier

Recrutement des talents : la prime à l’expérience !

Aujourd’hui avec Emmanuel Cazier, co-fondateur du cabinet Haussmann Executive Search, cabinet de chasseur de têtes spécialisé dans les secteurs de l’immobilier et des services financiers, partenaire du Choiseul Ville de demain

Face à la crise, chaque jour, les lauréats et alumni Choiseul, mais aussi plusieurs de nos amis et partenaires, réagissent. Une série d’échanges avec plusieurs d’entre eux qui nous font part de leur vécu, nous exposent leurs stratégies de rebond mais aussi nous livrent leur vision du « jour d’après ».

La ville de demain assemblera encore plus de mixité urbaine

Alors que le déconfinement s’opère progressivement, comment se déroule votre activité de chasseur de tête depuis le 17 mars

Nous vivons depuis 9 semaines un choc exogène exceptionnel, inédit pour notre profession, après les crises de 2001/2003 et 2008/2009.

Logiquement, notre activité est sensiblement ralentie depuis le 17 mars, mais ne s’est pas brutalement arrêtée. Nous restons très actifs auprès de nos clients et de nos candidats pour poursuivre les missions en cours (une dizaine de mandats ont été menés à leur terme) et débuter de nouvelles recherches (près d’une vingtaine de nouveaux mandats ont été initiés). Nous avons également quelques missions de coaching individuel ou collectif (accompagnement à distance de managers et motivation d’équipe). Un certain nombre de missions de recrutement sont mises en pause, mais aucune à ce jour n’est annulée (sur un peu plus de 80 mandats en cours dans les secteurs de l’immobilier et des services financiers). Nos clients répondent globalement présents, avec sang-froid, en tenant leurs engagements vis-à-vis des candidats, de leurs partenaires et de leurs collaborateurs.  

L’entreprise s’est organisée pour travailler efficacement à distance avec les outils digitaux (connexions à nos bases de données, entretiens internes et externes en visio-conférence). Nos 15 collaborateurs ont fait preuve d’une implication et d’une cohésion remarquables dans le cadre du télétravail (déjà mis en place auparavant à raison d’un jour par semaine).  

Depuis le 11 mai, nous reprenons progressivement les entretiens avec les candidats dans nos bureaux, avec les mesures de sécurité sanitaires adaptées. Nous observons actuellement plusieurs signes encourageants de reprise.  Nous avons été contactés pour plusieurs nouveaux mandats. Mais il est encore trop tôt pour tirer une tendance. Les deux prochains mois (après mai marqué par plusieurs jours fériés et la mise au point du déconfinement) permettront de mesurer plus concrètement la pérennité de cette reprise.


Quelles sont les priorités des entreprises en termes de recrutement ? Quels sont leurs besoins immédiats ? 

Nous observons plusieurs tendances depuis le début de la crise. Nos clients se recentrent sur des profils de talents que l’on pourrait qualifier de « core » ou à moindre risque : présentant un bon niveau de formation générale, une expérience probante (minimum 10/15 ans), au sein d’environnements visibles et structurés, et ayant accompli des périodes relativement longues chez chaque employeur. La prime est à l’expérience et à la spécialisation (la connaissance approfondie d’un type d’actif ou d’un marché spécifique, la maitrise d’un réseau professionnel, le management de projets).

Le marché des directions générales et des managers de business unit reste actif, tant chez les investisseurs que chez les promoteurs.  Les profils plus juniors sont les victimes collatérales ponctuelles de la situation, notamment les jeunes diplômés stagiaires ou en CDD, ou les profils de moins de 3 ans d’expérience.

Les acteurs qui continuent à recruter sont majoritairement les investisseurs (pour compte propre et pour compte de tiers) et notamment les sociétés de gestion type SCPI et les institutionnels disposant de fonds propres pérennes.

Parmi les fonctions toujours actives sur le marché du recrutement actuellement on peut citer l’investissement (bureaux, logistique, résidentiel), pour saisir les opportunités de marché, l’asset management (bureaux, locaux d’activités, logistique, résidentiel), pour restructurer ou commercialiser les actifs, mais aussi la maîtrise d’ouvrage (gestion de grands projets urbains tertiaires ou résidentiels mixtes), le digital (avec la gestion de la data et l’expérience client) et également les fonctions supports dites « clés » (direction financière, DRH, avec une composante relations sociales, directions juridiques).


Qu’en est-il du point de vue des talents ? Les attentes ont-elles évoluées ?

Les candidats sont assez disponibles pour étudier un projet de mobilité, avec une écoute plus qualitative, compte-tenu du contexte persistant de travail à distance. La situation actuelle est propice à des échanges sur les mobilités internes ou externes, les structures de rémunération, les perspectives d’évolution.

Les deux tiers des candidats que nous avons approchés depuis le 17 mars dernier, se déclarent prêts à étudier une opportunité externe, si celle-ci s’inscrit dans un contexte d’entreprise présentant des garanties financières solides. Les attentes des talents n’ont pas fondamentalement changé vis-à-vis de leur employeur ou de leur management. Ils souhaitent une communication claire et transparente, particulièrement dans la période actuelle, (notamment sur la situation financière de leur entreprise post-confinement), le respect des engagements antérieurs dans la mesure du possible, une vision pratique de l’organisation du travail et du management post confinement, et bien entendu des perspectives d’évolution sur le contour de leur poste et la rémunération.


Haussmann ES est spécialiste du secteur immobilier et partenaire du classement Choiseul Ville de demain. Cette crise sanitaire et économique va-t-elle transformer la manière dont se construisent nos villes ? Voyez-vous émerger certaines tendances ? 

La crise sanitaire actuelle va sans doute accélérer certaines évolutions déjà engagées, en soulignant les effets négatifs de l’hyperdensité urbaine, dans un contexte de confinement et de distanciation sociale. Elle peut être l’occasion de redessiner les villes, en essayant de mieux concilier développement économique et développement durable (écologie, espaces verts).

En observant les projets en cours, on constate que la ville de demain assemblera encore plus de mixité urbaine, de pôles d’activités multi-usages (logement, bureaux, écoles, équipements sportifs et de loisirs, commerces, logistiques), de services de proximité, de bâtiments à faible consommation énergétique, d’immeubles réversibles et modulables dans leur usage ou destination. Les principaux promoteurs et investisseurs travaillent déjà activement sur ces sujets.     

Avec la distanciation sociale qu’elle impose, la crise sanitaire, provoque des changements radicaux dans la façon de travailler, de se déplacer entre le domicile et le lieu de travail, et également de consommer.

Les très grands espaces de commerce ou de loisirs, ou encore le secteur de l’hôtellerie (toujours fermés à ce jour) sont les principales victimes du climat actuel et de l’application du principe de précaution sanitaire.

Le télétravail s’impose comme la norme, grâce à l’efficacité avérée des outils numériques. Le débat porte aujourd’hui sur le nombre optimal de jour de télétravail (un, deux ou trois jours pzr semaine ?) pour ne pas rompre le lien avec l’employeur et préserver le bureau, comme un lieu d’échange indispensable avec ses collègues et son management. La relation de chacun au travail et le management des équipes seront sérieusement impactés. Les entreprises devront adapter rapidement leur organisation et leur style de management (encore plus de délégation et de responsabilisation des collaborateurs).         

Les petites structures, souvent dans des espaces de travail plus horizontaux, seront sans doute plus agiles pour s’adapter à cette nouvelle donne, que les grandes entreprises rassemblées dans des tours ou des campus. Les bureaux devront donc assez vite se transformer (quid de l’open space ?) pour garantir la distanciation, la sécurité sanitaire et la modularité des mètres carrés. Les métiers du space planning et du design / workplace seront fortement sollicités à court terme. Il en va de même pour les métiers du property management et du facility management, pour leur proximité aux immeubles. 

Un certain nombre de grandes surfaces de commerce devront également repenser leurs surfaces et sans doute transformer une partie en points de stockage logistique de proximité. Le commerce de proximité devrait quant à lui être résilient.

Peut-être y aura-t-il des marges de manœuvre pour transformer des bureaux en logements et dégager des mètres carrés ?


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