Paroles de Lauréats : Alexandra Dublanche
20 / 19.05.2020

Paroles de Lauréats : Alexandra Dublanche

Santé, économie, emploi : la Région Île-de-France sur tous les fronts

Aujourd’hui avec Alexandra Dublanche, Vice-présidente de la Région Île-de-France en charge du développement économique, de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité. Après un début de carrière en conseil en stratégie et en cabinet ministériel, cette créatrice et dirigeante d’entreprise est élue à la Région en 2015. Elle est lauréate du Choiseul 100

Face à la crise, chaque jour, les lauréats et alumni Choiseul, mais aussi plusieurs de nos amis et partenaires, réagissent. Une série d’échanges avec plusieurs d’entre eux qui nous font part de leur vécu, nous exposent leurs stratégies de rebond mais aussi nous livrent leur vision du « jour d’après ».

Nous devons relocaliser une industrie performante de la transformation en France, du domaine agro-alimentaire, à celui de la production industrielle ou électronique.

Il y a quelques jours, la Présidente de région Valérie Pécresse a dévoilé le plan de déconfinement pour l’Île-de-France. Pouvez-vous nous exposer la stratégie régionale, en particulier en ce qui concerne les transports ?

La circulation du virus est encore très élevée en Île-de-France. Il s’agit donc d’un déconfinement sous contrôle avec comme objectif de relancer l’activité économique tout en contenant la circulation du virus.

Le respect de la distanciation sociale dans les transports imposée par l’État afin de garantir la non-transmission de la maladie signifie qu’au lieu d’avoir 5 millions d’usagers par jour dans les transports, nous ne pourrons en accueillir qu’1,5 million maximum. Au lieu de 700 personnes dans un métro, on ne pourra en avoir que 180. 800 dans un RER au lieu de 2500 habituellement.

Le défi logistique est immense c’est pourquoi les usagers des transports franciliens vont donc devoir adopter de nouveaux réflexes :

  • Le port du masque obligatoire dans les transports en commun. Pour cela, nous avons distribué plus de 20 millions de masques depuis le début de la crise. Ces dernières semaines, 3,6 millions ont été distribués aux seuls usagers des transports en commun franciliens dans près de 400 gares de l’Ile-de-France. 1 masque en tissu sera aussi distribué à chaque abonné Navigo. Le tout en attendant que les employeurs et les français prennent le relai.
  • Le maintien en télétravail de ceux qui le peuvent. Les objectifs sont ambitieux : 100% des salariés restent en télétravail la 1ère semaine, 90% la 2ème et 80% jusqu’à l’été afin de limiter les déplacements
  • Le lissage des heures de pointe avec la mise en place d’une attestation de l’employeur obligatoire qui mentionne le créneau de transport autorisé. Afin d’éviter la saturation, les employés seront donc invités à rejoindre leur travail de 6h30 à 10h30 le matin et à en partir de 15h30 à 19h30 le soir. Cela permettra de lisser les flux.
  • Enfin, il est recommandé de privilégier les modes de transports alternatifs quand c’est possible, comme le vélo par exemple. La Région investit ainsi 300M€ dans la création de 650km de pistes cyclables sécurisées traversant toute l’Ile-de-France. De plus, la Région offre une prime de 500€ pour tout achat d’un vélo électrique.  

Nous sommes conscients que cela est contraignant pour les franciliens et nous ne le faisons pas de gaieté de cœur mais le maintien de l’ouverture des transports en commun est à ce prix.


En matière de soutien à l’économie francilienne, quels dispositifs ont été mis en place par la Région en complément des mesures nationales ?

La Région se mobilise fortement depuis le début de la crise pour soutenir les entreprises, les commerçants et les artisans franciliens face à la baisse d’activité liée à l’épidémie du COVID-19.

Nous participons tout d’abord au Fonds de Solidarité national, à hauteur de 156 millions d’euros soit 30% de l’apport régional global (environ 500 millions d’euros). Celui-ci a profité, pour son premier volet, à plus de 344 000 bénéficiaires franciliens pour le moment. La seconde vague est entamée et permettra de venir compléter cette première subvention avec une aide qui peut aller de 2000 à 5000 euros.

Au-delà de notre participation à ce fonds national, la région propose plusieurs dispositifs en propre. C’est le cas notamment du Prêt Rebond à taux zéro, lancé le 5 mai dernier, en partenariat avec Bpifrance qui va permettre d’octroyer 150M€ de prêts. L’objectif est d’aider, via ce prêt à taux 0 de 10 000€ à 300 000€, les entreprises franciliennes de 0 à 250 salariés qui font face à des difficultés de trésorerie conjoncturelles liées à la crise du Covid-19. Avec un différé de remboursement de 2 ans et une durée de remboursement de 7 ans, il va permettre d’apporter une vraie bouffée d’oxygène à nos petites et moyennes entreprises.

Nous sommes aussi en train de finaliser la mise en place d’un Fonds Résilience d’au moins 100 millions d’euros qui permettra de combler les « trous dans la raquette » de l’offre bancaire et des dispositifs existants. En effet, un grand nombre de TPE et PME d’Ile-de-France, de satrt ups, de professions libérales… n’ont pas accès à l’emprunt en cette période difficile. Ce dispositif permettra de débloquer des avances remboursables allant de 3 000 à 100 000€ pour les entreprises de 0 à 20 salariés et les entreprises de l’ESS. Ce dispositif est en cours d’élaboration avec nos partenaires et devrait venir compléter l’offre régionale dès la fin du mois de mai.

Enfin, je veux également mentionner la formidable capacité d’adaptation et les initiatives solidaires déployées par nos entreprises. Nous avons pour elles ouvert une aide exceptionnelle « PM’UP Covid-19 » qui peut atteindre jusqu’à 800 000 euros pour soutenir les projets des TPE, PME et ETI franciliennes souhaitant créer ou renforcer des capacités de production de biens ou services stratégiques en cette période de crise sanitaire où lors de la période de relance : installation d’unités de production de masques, de visières, de gel hydro-alcooliques et de blouses sur le territoire francilien. 


Début mai, la Région a lancé une plateforme en ligne dédiée à l’emploi, en collaboration avec Le Bon Coin et StaffMe. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce partenariat inédit ?

L’objectif de ce dispositif est d’accompagner la reprise d’activité sur le territoire francilien en orientant les salariés au chômage vers les secteurs en tension qui vont devoir embaucher massivement en sortie de crise. Il s’agit notamment des métiers de la propreté, du bâtiment, du sanitaire et social ou encore du numérique.

Nous avons souhaité ce partenariat inédit en nous appuyant sur des acteurs originaux et disruptifs de la recherche d’emploi pour expérimenter une offre ciblée et alternative aux solutions plus traditionnelles. Ainsi, Le Bon Coin s’est lancé en 2019 sur le marché de l’emploi en publiant des offres d’emploi qui touchent une audience très large. StaffMe est, pour sa part, une start-up spécialisée dans la mise en relation entre jeunes travailleurs indépendants et entreprises.

Concrètement, la plateforme est accessible dès maintenant sur emploi-iledefrance.fr. Elle permet aux entreprises de déposer leurs offres d’emploi sur le Bon coin (jusqu’à 5 annonces gratuites sans besoin de compte affilié) et leurs demandes de renfort ponctuel sur le site de StaffMe.

Les demandeurs d’emploi peuvent, quant à eux, y trouver des offres d’emploi et même des offres de formations pour monter en compétence afin de répondre aux offres disponibles.


Quelles leçons, politiques et économiques, tirez-vous de cette crise ? A quoi ressemblera “le monde d’après” ?

De tous temps, les crises agissent comme des révélateurs de nos faiblesses mais aussi de toutes les opportunités qui s’ouvrent à nous. La crise sanitaire du Covid-19 ne fait pas exception à la règle car elle a été riche en enseignements. L’utilisation massive des outils numériques a ainsi permis, dans de nombreux domaines, d’assurer la poursuite d’activité. C’est le cas bien évidemment du recours massif au télétravail mais aussi au téléenseignement ou encore à la télémédecine. Ces évolutions vont persister dans le monde d’après et cela aura des conséquences tout autant sur nos habitudes professionnelles, notre manière d’enseigner ou encore sur les politiques d’aménagement du territoire et de transport. Ainsi, il faudra renoncer à des habitudes et comportements qui appartiennent au passé comme le travail en 100% présentiel ou encore les horaires de travail fixes et uniformes. Je pense également à la numérisation des commerces ou la création de nouveaux circuits de distribution de nos producteurs locaux, mouvements que nous avons essayé d’encourager depuis des années et qui se sont accélérés pendant cette épreuve. Nous devons et serons présents pour que ces tendances positives de retour au local, à la modernisation de nos commerces pour faire face à la concurrence des grandes surface perdurent.

Une autre leçon que l’on peut tirer de cette crise c’est la flexibilité, la réactivité et l’efficacité des collectivités territoriales et des acteurs locaux qui ont été à la hauteur face à l’urgence. Cette crise a mis à mal un certain esprit jacobin français. Les réponses auraient sans doute dû être davantage régionalisées. La question des masques est un exemple révélateur en la matière. Pour faire face aux difficultés d’approvisionnement, la Région Île-de-France a ainsi dès le début de la crise acheté 30 millions de masques qu’elle a pu distribuer gratuitement dès début avril à une grande diversité d’acteurs (personnel soignant, pharmacies, PME/TPE, commerçants, opérateurs de transport..) et continue à le faire en cette période de déconfinement. Plus de 3 millions de masques ont été distribué aux commerces et aux TPE de notre Région pour leur faciliter la reprise d’activité. Parallèlement, notre centrale régionale d’achats a permis et permet encore aux collectivités et entreprises qui le souhaitent de se fournir en matière médial de première nécessité (masques, gel hydro alcoolique, blouses…). Depuis l’ouverture de la plateforme le 15 avril, nous avons reçu plus de 7000 demandes correspondant à plus de 20 millions de masques de type FFP1.  

Enfin, la crise a révélé la vulnérabilité des industries stratégiques qui, du fait de la désindustrialisation et des délocalisations des chaines de production depuis plusieurs décennies, dépendent de fournisseurs extra-européens. Avec la fermeture des frontières, la question de la souveraineté économique et de l’autosuffisance se sont posées de manière flagrante. C’est la raison pour laquelle nous devons relocaliser une industrie performante de la transformation en France, du domaine agro-alimentaire, à celui de la production industrielle ou électronique. Pour cela, nous soutiendrons le développement de l’industrie 4.0 et favorisation la relocalisation des chaînes de valeur stratégiques.  


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